Je ne sais pas pour quelle raison, aujourd'hui, je me suis rappelé d'un couplet de l'ancien chanteur algérien Mazouni, et je me suis mis à le fredonner à voix douce :" bouh, bouh, bouh oualkhadma oulet oudjouh", disait-il. Ce chanteur de la chanson engagée avait été poussé à l'exil. Du temps de feu Houari Boumediene, juste quelques années après l'indépendance. Que devient-il ? Est-il toujours en vie ? Aucune idée.
Ni la secrétaire, une jeune fille à l'allure de Vivien Leigh d'"autant en emporte le vent" ni le confrère chirurgien, de ma génération pourtant, occupé par la rédaction du protocole opératoire de "son abcès péri anal" ne connaissaient ce chanteur. Ils croyaient que je me suis improvisé poète. Et alors là, j'ai du improviser, sommairement, un semblant de biographie du chanteur pour qu'ils cessent de me prendre pour un troubadour des temps modernes.
La poésie n'est pas mon for, contrairement à "Souika" qui semble exceller aussi bien en rimes qu'en photographie. Voir son article d'hier.
Mais, en y réfléchissant, je crois avoir trouvé la raison de ce vagabondage de mon esprit. C'est cette grisaille qui persiste depuis une semaine maintenant. Les cimes des montagnes environnantes sont d'une blancheur immaculée et les villageois sont terrés chez eux, bloqués par la neige. Forcément, ceci se répercute sur notre travail. Hormis quelques urgences d'obstétrique, il n' y a rien à se mettre sous la dent.
Alors, à défaut de sang frais, je me nourris de l'encre de Chine.
Je trempe ma plume dans l'encrier et je me gave de ces lignes.
Non, je ne suis pas un vampire, je ne vis pas que de sang et de chair humains, mais rester inactif pendant toute une journée ne me convient pas. Ça ne convient pas à mon tempérament de "Jack l'éventreur" ni à celui de Mister Hyde !
Ne dit-on pas que " le travail c'est la santé" ? Oui, je sais, les bras cassés peuvent me rétorquer que "le repos aussi n'a jamais tué personne". En fait, cette réplique est de notre "manipulateur Radio" (qui n'est pas du tout un "bras cassé"), un vieux retraité de la fonction publique, à qui j'ai fait part de mon spleen. Lui, il continue à travailler pour pouvoir nourrir les dix bouches qu'il a enfantées. "Les temps sont durs", dit-il d'ailleurs chaque fois que la discussion porte sur le coût du "couffin de la ménagère" et de la vie en général. Tenez, pour éviter autant que faire se peut les dépenses inutiles, c'est lui qui bricole son vieux tacot de 204. Hier, par exemple, à côté de la clinique, après ses horaires de travail, il a complètement démonté le mécanisme d'embrayage, lui a donné un coup de chiffon, quelques rondelles par-ci, un ajustage par-là, et a pu, ainsi, prolongé la longévité de sa bagnole. "Maintenant, dès que je lève mon pied de la pédale d'embrayage, elle bondit comme une lapine" dit-il encore avec fierté. Puis, à peine le mot "lapine" sorti de sa bouche, il orienta la discussion vers autre chose. Permettez-moi de faire une supposition, mais je crois que "Cheikh Kaddour", c'est son nom, est pire que moi puisque, inconsciemment, il vient d'assimiler les femmes, les Ethiopiennes, à des lapines. Voilà sa question : "Docteur, me dit-il, pourquoi, en Ethiopie, on fait beaucoup d'enfants" ? " Mais, ce n'est pas seulement en Ethiopie qu'on fait beaucoup d'enfants, c'est partout en Afrique. Et cela pour une raison bien simple", lui dis je. Et je me suis lancé dans des explications démographiques qui l'ont laissé coi ! Eh oui ! Quand on évoque l'Ethiopie, on pense automatiquement à la famine, aux guerres tribales, aux maladies, au SIDA, à la mortalité infantile, enfin à tout un ensemble socio économique qui fait que, pour compenser les pertes, on met la machine reproductrice en branle, lui dis je encore. Il faut dire que la veille, j'avais vu un documentaire sur la chaîne franco allemande ARTE qui parlait de la théorie de Darwin et de la sélection naturelle. Grosso modo, ce documentaire intitulé