Hier, après le match de football qui a opposé l'équipe locale de Bordj (CABBA) à celle de Ain El Fouara (ESS) et qui s'est soldé pourtant par un nul (0 à 0), la ville de Bordj a connu une agitation particulière. Déjà, quelques minutes avant le sifflet final, la foule de spectateurs (dont les 2/3 sont des adolescents), déçue certainement par le manque de combativité de son équipe et le score resté vierge alors que l'on attendait depuis longtemps ce derby, s'est adonnée à cœur joie à l'infrastructure elle-même d'abord dont les sièges ont été saccagés. Puis, encadrée par les éléments de la police et de la gendarmerie anti-émeutes, la foule s'est dirigée vers le centre ville. Là, les échauffourées ont commencé sérieusement. Aux jets de pierres se sont succédés des cocktails Molotov, si bien qu'il y eut même des blessés du côté de la force publique. Les commerces, qui avaient sans doute anticipé cette tournure des évènements, ont vite fait de baisser leurs rideaux. Les voitures qui étaient garées aux alentours de la cité des 500 logements se sont, elles aussi, en une fraction de seconde, volatilisées. Seule la mienne (portant le 19 sur sa plaque d'immatriculation mais qui a échappée miraculeusement à la furie des Hooligans) est restée dans le Parking alors que le pierres volaient de partout. Alerté par un voisin, je descendis les marches d'escalier quatre par quatre pour déplacer ma voiture. Au moment de démarrer, un policier s'approcha de moi et me demanda d'accompagner un collègue, à lui, blessé par une pierre. Le policier était assommé et le sang coulait de sa tempe. L'hôpital est à 1 Km de là et j'ai du mettre en marche mes feux de détresse pour pouvoir me faufiler entre les voitures et le "Chasse neige" de la force anti-émeute qui balayait tout sur son passage. Signalons au passage que cette journée m'a fait rappelé celle du 5 octobre 88 dont j'ai fait une petite allusion sur mon article d'hier.
Ce matin, les ouvriers de la municipalité (de la voirie) étaient occupés à nettoyer, du coté du stade, la route nationale encombrée des restes de pneus brûlés et d'objets hétéroclites ayant servi dans cette "guerre" entre les Hooligans et la force publique.
En parlant de cette journée, je voulais en quelque sorte discuter le terme " Hooligan". Son origine et que désigne-t-il au juste. Il est vrai que ce terme nous vient du pays de Sa Majesté la reine Elisabeth. Il a été répandu, si j'ose dire, aux quatre coins de la planète par la presse sportive au lendemain de la tragédie de Hysel, à Bruxelles, en 1985. Mais, ne trouvez-vous pas que ce terme a une connotation plus ou moins algérienne ? Pour exemple, ce matin, à la clinique tout le monde parlait du "Hool" qui s'est emparé de la ville de Bordj hier soir. Pourtant, les jeunes qui étaient à l'origine de cette "manifestation" anarchique ne sont ni des "Skinhead " ni des "Punk". Certes, les canettes de bière ne jonchaient pas le sol aux alentours du stade, mais il est certain que ces jeunes-là étaient sous l’effet de quelques comprimés d’Haldol ou d’Artane.
Du coté de Ben Haroun, les vieux pêcheurs sont occupés à rafistoler leurs filets. Et, quand on demande à l'un d'eux la raison pour laquelle ils ne sont pas sortis en mer, la réponse est on ne peut plus claire. " Ah ! Non. Je ne sors pas aujourd'hui, el bahar m'haoual". D'une façon ou d'une autre, le mot "Hool" désigne un déchaînement de la nature. L'homme en fait partie. Son déchaînement sur la force publique, même pour un match de football ne peut être qualifié que de "Hool" d'où le terme "Hooligan" tire, peut-être, sa r
acine, sa substance. Le terme "Hooligan" a peut être une origine arabe. Et on ne le sait pas
Ainsi donc, nous voyons que, grâce aux flux migratoires, les langues se sont enrichies les unes des autres.
Dans la langue française, ce mot, même s'il s'écrit différemment, ne désigne pas moins un déchaînement des éléments de la nature. Lorsque les vagues viennent s'abattre avec une force inouïe sur les rochers, on dit que la houle est forte. Je sais que, pour ce dernier mot, je suis loin du compte et, à coup sur, ce mot n'a rien à voir avec le "Hool" dont je parle ici. Mais, faisons comme si.
Trois langues, un mot qui, à quelques nuances près, désigne pratiquement la même chose, le même état d'esprit à Londres, à Paris ou à Alger.
Force est de reconnaître donc que l'immigration a ceci de positif : en plus du métissage des peaux, elle crée des amalgames de mots (ce que las grammairiens désignent sous le vocable de novlangue) auxquels tous les jeunes du monde s'identifient : Hooligans en est un exemple parfait !