Ce matin, pendant que j'écrivais ces quelques lignes, la neige était entrain de tomber sur Bordj. De mon bureau, le spectacle qui s'offrait à mes yeux était digne de la Taïga russe : un champ recouvert de neige et au bout, sur le haut de la colline, une forêt de pins ployant, elle aussi, sous la neige et semblant s'étendre à l'infini. Il ne manquait qu'un troupeau de rennes pour compléter ce tableau magnifiquement
beau !
Seuls les anti-brouillard des voitures circulant sur la nationale 5, comme une fausse note sur ce tableau idyllique, venaient me rappeler que je suis à Bordj et me sortir de ma rêverie matinale. Les flocons de neige virevoltaient pendant un bon moment avant de venir s'amonceler sur le rebord de ma fenêtre. Par moment, la visibilité devenait presque nulle et on a l'impression que la tempête de neige s'était bien installée et qu'elle ne s'arrêtera pas de sitôt, mais, l'instant d'après, le ciel se dégageait peu à peu laissant filtrer quelques rayons de soleil. Le soleil et la neige jouaient à cache-cache. Pendant que l'un faisait son apparition l'autre s'éclipsait. Et vice versa. De ma fenêtre, j'admirais avec émerveillement ce ballet printanier que seul la nature sait jouer à merveille. Sans fausses notes.
Selon le calendrier grégorien, aujourd'hui, c'est le premier jour du printemps. L'hiver est supposé avoir rendu l'âme. Mais, ces abondantes chutes de neige viennent nous rappeler qu'il est encore "chaud". Son corps n'est pas complètement "froid" et ne présente ni raideur ni lividités cadavériques. Il n'a pas encore rendu définitivement l'âme. Il est encore animé de quelques mouvements convulsifs et semble nous dire qu'il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.