Pourquoi ?
D’abord, parce que tout au long de cette campagne électorale, nonobstant quelques dérapages verbaux particulièrement de Nicolas Sarkozy (1), et de Le Pen du front national (2), il n’ y a pas eu de véritables frictions entre les différents candidats. Chacun des candidats a défendu son point de vue et le projet de société qu’il propose aux français, dans un cadre démocratique qui fait envier les électeurs des pays sous développés que nous sommes.
Ensuite parce que dès l’ouverture des bureaux de vote ceux-ci ont été envahis, dans une sorte de kermesse nationale, par les électeurs "qui se sont massivement exprimés enregistrant ainsi un taux de participation record : 85% ". (3)
Quant au résultat de ce premier tour, il faut dire qu’il était prévisible et attendu et cela sans que l’on soit analyste politique de premier ordre. Nous savions déjà que les autres candidats, à l’exception toutefois de M.François Bayrou qui a fait une belle campagne électorale, n’étaient là que pour faire de la figuration et donner un peu plus de piment si j’ose dire à ce scrutin que certains français, notamment ceux issus de l’immigration maghrébine redoutaient tant : La qualification au second tour de M. Jean-Marie Le Pen lors des élections de 2002 est toujours présente et vivace dans l’esprit de ceux-ci. Et, le fait qu’une telle éventualité pouvait se reproduire lors de ces élections n’était pas pour rassurer cette frange de la société française qui ne se sent pas encore dans son élément naturel.
M. Jean-Marie Le Pen éliminé de la course présidentielle (avec un score honorable tout de même), les immigrés peuvent enfin souffler et reprendre espoir quant à leur avenir, l’avenir de leurs enfants et peut-être aussi leur intégration définitive en tant que citoyens français à part entière. Nicolas Sarkozy, même s’il lui arrive de s’emporter et d’utiliser des termes pas du tout "civilisés" tels que "racaille" et "Karcher" n’osera pas franchir le Rubicon et renvoyer tout ce beau monde chacun vers son pays d’origine pour la simple et bonne raison que lui-même est issu de l’immigration. Mais, nous n’en sommes pas encore là. Le deuxième tour est dans 15 jours et les dés ne sont pas encore jetés, contrairement à ce que pensent certains analystes politiques. Avec une marge si réduite entre les deux candidats qui vont s’affronter eu second tour, il est fort probable que la France aura, pour la première fois de son histoire, une présidente : Mme Ségolène Royale.
Un calcul simple permet d’étayer cette hypothèse. Ajoutons, au score de 25% détenu par celle-ci lors de ce premier tour, les voix de ceux qui ont voté pour François Bayrou (18%) et celles des autres candidats qui ont déjà donné des consignes à leurs électeurs pour qu’ils votent en faveur de Ségolène et nous arrivons facilement à plus de 50% ! Ceci sans compter les 11 % de l’électorat de Jean-Marie Le Pen qui, apparemment ne s’est pas encore remis de son échec mais qui, le moment venu, n’hésitera pas, ne serait-ce que par esprit de vengeance contre celui qui est venu chasser dans ses plates bandes, Sarko pour ne pas le nommer, incitera ses sympathisants à voter Ségo. Ainsi, les choses sont maintenant claires et tout plaide en faveur de la dame de gauche "qui est en position d’être élue".
Il est vrai que la politique n’est pas une science exacte et que les statistiques sont souvent déroutantes (pour ne pas dire que la plupart du temps elles ne veulent rien dire). Mais, force est de constater que pour cette fois-ci, dans ce cas de figure bien précis, il est très utile aux deux finalistes de prendre en considération ces statistiques pour savoir à quoi s’en tenir et réorienter leurs discours politiques, dans les jours à venir, avant la finale, en fonction justement de ces statistiques. Il y a encore beaucoup de voix à glaner, pour l’un comme pour l’autre, du centre pour Ségo, de la droite pour Sarko, et beaucoup d’électeurs à convaincre de la justesse de ses idées. En somme, les jours à venir s’annoncent chauds en débats politiques. Que le meilleur gagne donc !
(1) La première fois en suggérant la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité, mais il a été vite rappelé à l’ordre par l’ensemble des français et notamment par Simone Veil. Sa deuxième bourde qui a fait également l’objet d’une condamnation unanime concerne la question du déterminisme génétique, question que Nicolas Sarkozy n’aurait pas dû aborder sachant que les scientifiques eux-mêmes l’évitent autant que faire se peut.
(2) En évoquant, à son tour, l’origine de Nicolas Sarkozy (fils d’immigrés hongrois) incompatible, selon lui, à la candidature aux élections présidentielles.
(3) Le "Soir d’Algérie". Les Français confirment le duel Sarkozy-Ségolène.
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